Une fuite d’eau chez un locataire ne pose pas une question, mais trois : qui répare la cause, qui indemnise les dégâts et qui paie les mètres cubes perdus. La réponse courte : le locataire paie la réparation si la fuite vient d’un défaut d’entretien (joint, flexible, chasse d’eau), le bailleur si elle vient de la vétusté ou d’une canalisation encastrée. Les dégâts suivent ensuite une convention entre assureurs, et la facture d’eau obéit à une troisième règle, souvent oubliée. Voici comment trancher chaque volet, preuves et délais compris.
À retenir
- Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 met à la charge du locataire le remplacement des joints, colliers, flexibles de douche et pièces de chasse d’eau ;
- La vétusté, la malfaçon, le vice de construction et la force majeure renvoient la réparation au bailleur (article 7 d de la loi du 6 juillet 1989) ;
- Le sinistre se déclare à son assureur au plus tard dans le délai du contrat, qui ne peut pas être inférieur à 5 jours ouvrés ;
- La convention IRSI désigne un assureur gestionnaire unique pour les dommages jusqu’à 5 000 € HT par local sinistré ;
- Le plafonnement de la facture d’eau (loi Warsmann) s’applique toujours en 2026, mais exclut les fuites des appareils ménagers, sanitaires et de chauffage.
Réparation, dégâts, facture d’eau : trois volets à ne pas mélanger
La plupart des litiges entre locataire et propriétaire viennent d’une confusion : on cherche « le responsable » comme si une seule personne devait tout payer. En réalité, chaque volet d’une fuite d’eau relève d’un texte différent et peut retomber sur une personne différente.
| Volet | Ce qui est payé | Texte applicable | Qui paie en principe |
|---|---|---|---|
| Réparation de la cause | Joint, flexible, robinet, canalisation | Décret n° 87-712 du 26 août 1987, articles 6 et 7 de la loi du 6 juillet 1989 | Locataire si défaut d’entretien, bailleur si vétusté |
| Dommages matériels | Peintures, sols, plafonds, mobilier | Contrats d’assurance habitation, convention IRSI | Assureur gestionnaire désigné par la convention |
| Eau perdue | Mètres cubes surconsommés | Article L2224-12-4 du Code général des collectivités territoriales | Titulaire de l’abonnement, avec plafonnement possible |
Un même sinistre peut donc aboutir à une réparation payée par le bailleur, des dégâts indemnisés par l’assureur du locataire et une surconsommation réglée par le locataire. Raisonner volet par volet évite de payer ce qui ne vous revient pas, ou de réclamer ce qui n’est pas dû.
Gérez facilement la comptabilité de votre SCI ou LMNP
Découvrez Indy, la solution qui simplifie la gestion comptable de votre activité immobilière. De la création de votre structure à l'édition de vos déclarations fiscales.
Découvrir IndyQui répare la fuite d’eau : la grille du décret de 1987
Les réparations locatives sont les travaux d’entretien courant et les menues réparations consécutifs à l’usage normal du logement. Leur liste figure en annexe du décret n° 87-712 du 26 août 1987, et elle est indicative : un élément absent de la liste peut tout de même relever de l’entretien courant.
Quels éléments de plomberie sont à la charge du locataire ?
Pour la plomberie, l’annexe du décret vise des pièces d’usure précises. Une fuite causée par l’une d’elles, faute d’avoir été remplacée à temps, est à la charge du locataire :
- canalisations d’eau : remplacement notamment des joints et colliers, remplacement périodique des tuyaux souples de raccordement ;
- robinetterie : remplacement des joints, clapets et presse-étoupes des robinets ;
- chasses d’eau : remplacement des joints, flotteurs et joints cloches ;
- éviers et appareils sanitaires : nettoyage des dépôts de calcaire, remplacement des tuyaux flexibles de douche ;
- appareils à gaz : remplacement des membranes, boîtes à eau, clapets et joints.
Un robinet qui goutte, une chasse d’eau qui coule en continu ou un flexible de douche percé relèvent donc presque toujours du locataire. Le coût reste en général modeste, à condition d’intervenir vite.
Quand la vétusté fait-elle basculer la réparation sur le bailleur ?
L’article 7 d de la loi du 6 juillet 1989 prévoit une exception : les réparations locatives ne sont pas dues par le locataire si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure. Le bailleur doit, de son côté, entretenir le logement et faire toutes les réparations autres que locatives (article 6 c de la même loi).
Relèvent typiquement du bailleur : une canalisation en cuivre ou en acier corrodée, une fuite encastrée dans un mur ou une dalle, un ballon d’eau chaude en fin de vie ou une installation posée sans respecter les règles de l’art.
Bon à savoir : la preuve qui tranche, c’est l’attestation du plombier. Demandez-lui d’indiquer par écrit l’origine exacte de la fuite et sa cause (usure normale d’un joint, corrosion d’une canalisation, défaut de pose). Sans ce document, chacun reste sur sa position.
Et si la fuite vient d’une partie commune ou du voisin ?
Une fuite sur une colonne d’immeuble, une toiture ou un réseau commun relève du syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic. Une fuite provenant de l’appartement du dessus engage l’occupant ou le propriétaire de ce logement. Dans les deux cas, le locataire victime n’a rien à réparer : il doit seulement prévenir son bailleur et déclarer les dommages à son propre assureur.
Les bons réflexes dès la découverte de la fuite
Les premières heures conditionnent la suite : l’étendue des dégâts, la qualité des preuves et vos chances d’obtenir un remboursement. L’ordre conseillé :
- couper l’eau au robinet d’arrêt du logement, et l’électricité si l’eau approche une prise ou un tableau ;
- photographier la fuite et les dommages, puis conserver les factures des interventions d’urgence ;
- prévenir le bailleur ou l’agence par écrit (courriel daté ou lettre recommandée) ;
- faire appel à un professionnel pour rechercher la fuite si son origine n’est pas visible ;
- déclarer le sinistre à son assureur, en joignant si possible un constat amiable dégât des eaux ;
- garder la facture de réparation, indispensable pour une éventuelle demande de plafonnement de la facture d’eau.
Qui organise et paie la recherche de fuite ?
La recherche de fuite consiste à localiser l’origine d’une fuite non apparente, parfois avec des techniques non destructives (gaz traceur, caméra thermique). Dans le cas général, vous faites intervenir un professionnel, vous le payez, puis vous demandez le remboursement à votre assureur.
En copropriété, lorsque le logement est occupé, c’est l’assureur de l’occupant qui organise la recherche, donc celui du locataire. Les situations particulières (local inoccupé, fuite dans les parties communes, préavis qui expire le jour du sinistre) sont détaillées sur la fiche assurance et dégât des eaux de Service Public, vérifiée le 25 juillet 2025.
Que risque un locataire qui tarde à signaler la fuite ?
L’article 1732 du Code civil rend le locataire responsable des dégradations survenues pendant sa jouissance, sauf s’il prouve qu’elles ont eu lieu sans sa faute. Une fuite liée à la vétusté mais signalée trop tard peut ainsi lui être reprochée pour l’aggravation des dommages.
Côté assurance, l’article L113-2 du Code des assurances fixe un délai de déclaration d’au moins 5 jours ouvrés. Une déclaration tardive peut entraîner la perte de la garantie si le contrat le prévoit, mais seulement si l’assureur prouve que ce retard lui a causé un préjudice.
Indemnisation des dégâts : ce que prévoit la convention IRSI
La convention IRSI (indemnisation et recours des sinistres immeuble) est un accord entre assureurs appliqué depuis le 1er juin 2018 aux dégâts des eaux et incendies en immeuble. Elle désigne un assureur gestionnaire unique, qui indemnise sans attendre que les responsabilités soient tranchées.
Comment fonctionnent les seuils de 1 600 € et 5 000 € HT ?
La convention raisonne par local sinistré. Jusqu’à 1 600 € HT de dommages, l’assureur gestionnaire indemnise en principe sans expertise et sans recours contre les autres assureurs. Entre 1 600 € et 5 000 € HT, une expertise est menée et des recours sont possibles selon les responsabilités.
Au-delà de 5 000 € HT, la convention IRSI ne s’applique plus : on revient aux règles classiques, avec une expertise et des recours entre assureurs. Pour le locataire occupant, l’interlocuteur reste le plus souvent son propre assureur habitation.
Qui gère le sinistre si le locataire n’est pas assuré ?
Le bailleur déclare alors le sinistre à son assurance propriétaire non occupant (PNO). Ce défaut d’assurance reste une faute du locataire : l’article 7 g de la loi du 6 juillet 1989 l’oblige à s’assurer contre les risques locatifs et à en justifier chaque année, à la demande du bailleur.
Bon à savoir : si le locataire ne justifie pas de son assurance un mois après une mise en demeure, le bailleur peut souscrire une assurance pour son compte et lui en répercuter le coût, majoré de 10 %, par douzièmes avec le loyer (article 7 g de la loi du 6 juillet 1989).
Facture d’eau qui explose : le plafonnement Warsmann, angle mort des guides
Le plafonnement Warsmann, aussi appelé écrêtement, limite la facture d’eau potable en cas de fuite sur une canalisation située après le compteur. Il découle de la loi du 17 mai 2011, codifiée à l’article L2224-12-4 du Code général des collectivités territoriales, et du décret n° 2012-1078 du 24 septembre 2012.
Quelles fuites ouvrent droit au plafonnement ?
Quatre conditions doivent être réunies : un local d’habitation, une fuite sur une canalisation après compteur, une consommation supérieure au double de la consommation moyenne des trois années précédentes, et une attestation de réparation par une entreprise de plomberie transmise dans le mois qui suit l’information du service d’eau.
Le piège concerne justement les fuites les plus fréquentes en location. Les fuites provenant des appareils ménagers, des équipements sanitaires et des installations de chauffage sont exclues. Une chasse d’eau qui coule ou un ballon d’eau chaude qui fuit ne donnent donc pas droit à l’écrêtement.
Exemple chiffré : combien de mètres cubes sont effacés ?
Prenons un locataire qui consomme en moyenne 60 m³ par semestre sur les trois dernières années. Une canalisation encastrée fuit et le relevé suivant affiche 190 m³. Après réparation et envoi de l’attestation, la part eau potable est plafonnée à 120 m³ : 70 m³ ne lui sont pas facturés.
Si la même surconsommation venait d’une chasse d’eau, les 190 m³ resteraient dus. Pour l’assainissement, l’eau perdue n’ayant pas rejoint le réseau d’égout, de nombreux règlements de service recalculent cette part sur la consommation habituelle : consultez celui de votre commune.
Le locataire peut-il en bénéficier lui-même ?
Seul l’abonné peut demander le plafonnement. Si le locataire a son propre contrat avec le service d’eau, il fait la démarche lui-même. Si l’eau est comprise dans les charges avec un compteur collectif, la demande revient au syndic ou au bailleur, et la baisse se répercute ensuite lors de la régularisation des charges.
Bon à savoir : le service d’eau doit vous informer d’une consommation anormale dès qu’il la constate, et au plus tard avec la facture. S’il ne le fait pas, vous n’êtes pas tenu de payer la part de consommation qui dépasse le double de votre moyenne.
Bailleur injoignable ou réparation qui traîne : quels leviers pour le locataire ?
Une réparation à la charge du bailleur qui n’arrive pas place le locataire dans une situation inconfortable. La loi lui ouvre plusieurs recours, à condition de suivre un ordre précis et de ne jamais se faire justice lui-même.
Peut-on suspendre le paiement du loyer ?
Non, tant que le logement reste occupé. Un locataire qui cesse de payer s’expose à la mise en jeu de la clause résolutoire. En revanche, l’article 1724 du Code civil prévoit une diminution du loyer si les réparations durent plus de 21 jours, à proportion du temps et de la partie du logement dont il a été privé.
Quels recours avant d’aller au tribunal ?
La première étape est une mise en demeure par lettre recommandée, rappelant l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 et joignant l’attestation du plombier. Restée sans effet, elle permet aussi, sur le fondement de l’article 1222 du Code civil, de faire exécuter les travaux soi-même dans un délai et à un coût raisonnables, puis d’en demander le remboursement.
Pour un litige inférieur ou égal à 5 000 €, une démarche amiable est obligatoire avant de saisir le juge : commission départementale de conciliation (gratuite), conciliateur de justice (gratuit) ou médiateur (payant). Le juge des contentieux de la protection n’intervient qu’ensuite.
Côté bailleur : intégrer le risque de fuite dans sa stratégie locative
Puisque la vétusté reste à sa charge, le bailleur a intérêt à traiter la plomberie comme un poste d’investissement plutôt que comme une dépense subie. Remplacer une colonne ancienne ou des canalisations corrodées entre deux locations coûte souvent moins cher qu’un sinistre en cours de bail, avec ses dégâts, ses délais et sa vacance éventuelle.
Ce raisonnement pèse d’autant plus que la rentabilité se joue sur des marges serrées, comme le montrent les prévisions du marché immobilier 2027 pour l’investissement locatif. Provisionner les gros travaux et vérifier la couverture PNO font partie d’une gestion locative saine.
Pour un propriétaire qui détient plusieurs biens, ces arbitrages entre travaux préventifs, assurance et mode de gestion gagnent à être pensés à l’échelle du patrimoine. Un conseiller en gestion de patrimoine peut aider à intégrer ces coûts dans une stratégie globale.
Questions fréquentes
Le propriétaire peut-il retenir une fuite sur le dépôt de garantie ?
Oui, mais uniquement pour des réparations locatives non effectuées et dûment justifiées. La retenue doit s’appuyer sur la comparaison entre l’état des lieux d’entrée et celui de sortie, ainsi que sur des devis ou factures. Une fuite liée à la vétusté d’une canalisation ne peut pas être imputée au locataire sortant.
La fuite vient de l’appartement du dessus : qui contacter ?
Prévenez d’abord l’occupant du dessus pour qu’il coupe l’eau, puis votre bailleur. Déclarez ensuite les dommages à votre propre assureur habitation, même si vous n’êtes pas responsable. Remplir un constat amiable avec le voisin accélère le traitement du dossier entre les compagnies d’assurance.
Le locataire peut-il choisir lui-même son plombier ?
Oui pour une intervention d’urgence destinée à stopper la fuite, dont le coût peut ensuite être réclamé au responsable. Pour une réparation qui incombe au bailleur, mieux vaut obtenir son accord écrit avant de lancer les travaux, sauf s’il reste silencieux après une mise en demeure.
Faut-il un constat amiable si aucun voisin n’est concerné ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est utile. Le constat amiable dégât des eaux peut être rempli seul, sans autre partie impliquée. Il structure la déclaration (date, origine supposée, dommages constatés) et permet souvent à l’assureur de traiter le dossier plus vite, parfois sans expertise.

Jérôme Marchal travaille dans le secteur immobilier depuis plus de 18 ans. Aujourd’hui consultant indépendant, il accompagne particuliers et entreprises dans la valorisation du patrimoine et les stratégies d’investissement.



