La donation de parts de SCI avec réserve d’usufruit est une technique juridique qui permet à un associé de transmettre la nue-propriété de ses parts à ses héritiers, tout en conservant les revenus et le contrôle de la société civile immobilière jusqu’à son décès. C’est l’un des outils les plus efficaces du droit des SCI pour organiser la transmission patrimoniale en minimisant les droits de succession. Concrètement, le donateur reste usufruitier : il perçoit les loyers, vote en assemblée générale et gère le bien immobilier. Le donataire, lui, devient nu-propriétaire, sans revenus immédiats mais avec une valorisation à terme sans fiscalité complémentaire au décès. Dans ce guide, vous découvrirez comment fonctionne ce mécanisme, comment s’opère le calcul fiscal, quelles sont les étapes obligatoires devant notaire, et quels pièges éviter pour sécuriser l’opération. Pour comprendre les autres modes de transmission des titres sociaux, consultez également notre guide complet sur la vente de parts de SCI.
À retenir
- Le donateur conserve l’usufruit (revenus + gestion) ; le donataire reçoit la nue-propriété des parts.
- Les droits de donation sont calculés sur la seule valeur de la nue-propriété, déterminée selon un barème fiscal fondé sur l’âge de l’usufruitier.
- L’abattement légal de 100 000 € par parent et par enfant s’applique, renouvelable tous les 15 ans.
- La donation doit être constatée par acte notarié et enregistrée dans les statuts de la SCI.
- Au décès de l’usufruitier, la nue-propriété se consolide en pleine propriété sans droits supplémentaires à payer.
Qu’est-ce que la donation de parts de SCI avec réserve d’usufruit ?
La donation avec réserve d’usufruit consiste à démembrer la propriété des parts sociales d’une SCI entre deux droits distincts : l’usufruit et la nue-propriété. Le donateur cède la nue-propriété à ses héritiers (enfants, petits-enfants) mais conserve l’usufruit à son profit viager. Ce mécanisme repose sur l’article 578 du Code civil, qui définit l’usufruit comme le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété.
Quelle est la différence entre usufruit et nue-propriété dans une SCI ?
Dans une SCI, la répartition des droits entre usufruitier et nu-propriétaire est la suivante :
- L’usufruitier perçoit les dividendes distribués et les revenus fonciers générés par le bien immobilier détenu en SCI. Il exerce en principe le droit de vote lors des assemblées générales ordinaires, sauf clause contraire des statuts.
- Le nu-propriétaire détient la substance de la part sociale. Il vote sur les décisions qui affectent le capital, notamment lors des assemblées générales extraordinaires (modification de l’objet social, dissolution, augmentation de capital).
Les statuts de la SCI peuvent aménager cette répartition, notamment en accordant tout ou partie du droit de vote au nu-propriétaire. Il est donc essentiel de rédiger des statuts précis avant de procéder à la donation.
Pourquoi recourir à ce mécanisme plutôt qu’une donation en pleine propriété ?
La donation de nue-propriété présente deux avantages majeurs par rapport à une donation en pleine propriété. D’abord, la base taxable est réduite : les droits de donation sont calculés sur la valeur de la nue-propriété, qui est inférieure à la valeur totale de la part selon un barème officiel lié à l’âge du donateur. Ensuite, au décès de l’usufruitier, la nue-propriété se consolide en pleine propriété de façon automatique, sans droits de succession supplémentaires ni imposition.
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Découvrir IndyComment calculer les droits de donation sur des parts de SCI démembrées ?
Le calcul des droits repose sur deux variables : la valeur des parts de SCI et la valeur fiscale de la nue-propriété.
Quel est le barème fiscal de l’usufruit et de la nue-propriété ?
L’article 669 du Code général des impôts fixe un barème de conversion en fonction de l’âge de l’usufruitier au moment de la donation :
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 21 ans révolus | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 91 ans | 10 % | 90 % |
Source : article 669 du Code général des impôts (CGI), barème en vigueur en 2026.
Plus la donation intervient tôt, moins la nue-propriété est valorisée fiscalement, et donc moins les droits sont élevés. C’est pourquoi l’opération est plus avantageuse lorsqu’elle est réalisée avant 70 ans.
Exemple chiffré : donation à 62 ans pour des parts valorisées 400 000 €
Un associé âgé de 62 ans détient des parts de SCI évaluées à 400 000 €. Il donne la nue-propriété à son enfant unique.
- Valeur de la nue-propriété (barème 61-70 ans) : 60 % x 400 000 € = 240 000 €
- Abattement légal parent/enfant : 100 000 €
- Base taxable après abattement : 140 000 €
- Droits de donation applicables au barème progressif en ligne directe : environ 21 194 € (tranche à 20 % au-delà de 15 932 €)
Sans démembrement, la donation en pleine propriété aurait généré des droits calculés sur 400 000 €, soit une base taxable de 300 000 € après abattement, pour des droits d’environ 57 194 €. L’économie réalisée dépasse ici 35 000 €.
Bon à savoir : Si le donateur a plusieurs enfants, l’abattement de 100 000 € s’applique à chacun. Une donation simultanée à deux enfants permet donc d’effacer 200 000 € de base taxable, renouvelable tous les 15 ans.
Comment est évaluée la valeur des parts de SCI ?
La valeur des parts n’est pas arbitraire. Elle doit correspondre à la valeur vénale réelle des biens immobiliers détenus par la SCI, déduction faite des dettes (emprunts en cours, comptes courants d’associés). Les services fiscaux disposent d’un droit de requalification si la valeur retenue est manifestement sous-estimée. Il est recommandé de faire réaliser une expertise immobilière indépendante et de la joindre à l’acte notarié. Une décote peut être appliquée sur la valeur des parts (5 à 15 % selon les praticiens) pour tenir compte de l’illiquidité des titres d’une SCI non cotée, mais elle doit être justifiée. Si vous envisagez également de financer des parts via un crédit, le guide sur le rachat de parts de SCI et le prêt bancaire détaille les modalités d’évaluation retenues par les établissements de crédit.
Quelles sont les étapes pour réaliser une donation de parts de SCI avec réserve d’usufruit ?
Étape 1 : évaluer les parts et vérifier les statuts
Avant toute démarche, il faut s’assurer que les statuts de la SCI ne contiennent pas de clause d’agrément bloquante pour la donation entre membres de la famille directe (parents et enfants en sont souvent exonérés). L’évaluation des parts doit être formalisée par écrit, idéalement par un expert immobilier ou un notaire spécialisé.
Étape 2 : passer l’acte devant notaire
La donation de parts sociales doit être réalisée par acte authentique devant notaire, conformément à l’article 931 du Code civil qui impose la forme notariée pour les donations. Le notaire rédigera l’acte de donation, vérifiera les conditions de capacité et d’acceptation, et procédera à l’enregistrement auprès des services fiscaux dans un délai d’un mois. Les droits de donation sont réglés à cette occasion.
Étape 3 : modifier le registre des associés et les statuts
La cession et le démembrement doivent être portés dans le registre des mouvements de titres de la SCI et, si nécessaire, dans les statuts mis à jour. Une assemblée générale d’information peut être tenue pour acter l’arrivée du nu-propriétaire en qualité d’associé. Le greffe du tribunal de commerce doit être informé si la SCI est immatriculée.
Étape 4 : déclarer la donation à l’administration fiscale
La déclaration de don s’effectue via le formulaire 2735 (déclaration de dons manuels et de sommes d’argent) ou est intégrée à l’acte notarié. Le notaire se charge généralement de cette formalité. Les droits sont exigibles au moment de l’enregistrement, sans possibilité de paiement différé sauf cas particuliers. Pour retrouver le barème officiel et les abattements applicables, consultez la fiche dédiée aux successions et donations sur impots.gouv.fr.
Quels risques et précautions faut-il connaître ?
La donation peut-elle être requalifiée par le fisc ?
Oui. Le principal risque est la requalification en abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales). L’administration fiscale peut contester l’opération si elle estime qu’elle n’a aucune substance économique réelle et n’a été conclue qu’à des fins purement fiscales. Pour écarter ce risque, il faut que la SCI soit active (gestion réelle d’actifs immobiliers), que l’évaluation des parts soit sérieuse et documentée, et que la donation poursuive un objectif patrimonial tangible (protection de la famille, anticipation de la succession).
Que se passe-t-il si la SCI est endettée ?
Si la SCI porte un emprunt bancaire, la valeur des parts est calculée nette de dettes. La base taxable est donc réduite, ce qui est favorable. En revanche, le donataire nu-propriétaire hérite d’une part grevée d’une dette. Il est important de prévoir, dans l’acte de donation, les modalités de contribution au remboursement de cet emprunt entre usufruitier et nu-propriétaire.
Comment gérer la répartition des bénéfices entre usufruitier et nu-propriétaire ?
Par principe, l’usufruitier perçoit les revenus (dividendes distribués par la SCI). Les bénéfices mis en réserve restent dans la SCI et profitent à terme au nu-propriétaire lors de la consolidation. Les statuts peuvent prévoir une clé de répartition différente. Il est conseillé de préciser dans l’acte de donation ou dans les statuts si les réserves accumulées reviendront uniquement au nu-propriétaire ou seront partagées.
Cas particulier : la SCI à l’IS (impôt sur les sociétés)
Dans une SCI soumise à l’IS, les bénéfices distribués sous forme de dividendes sont imposables entre les mains de l’usufruitier, après application de l’abattement de 40 % ou du prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30 %. La stratégie de distribution doit donc être réfléchie en amont pour ne pas pénaliser l’usufruitier par une imposition excessive.
Peut-on donner des parts de SCI à ses petits-enfants ou à un tiers ?
La donation avec réserve d’usufruit n’est pas réservée à la transmission en ligne directe. Il est possible de donner la nue-propriété des parts à des petits-enfants, à un neveu ou à un tiers. Les abattements et les taux de droits varient cependant selon le lien de parenté :
| Lien de parenté | Abattement légal | Taux minimal des droits |
|---|---|---|
| Enfant | 100 000 € | 5 % (jusqu’à 8 072 €) |
| Petit-enfant | 31 865 € | 5 % |
| Arrière-petit-enfant | 5 310 € | 5 % |
| Frère ou sœur | 15 932 € | 35 % |
| Neveu, nièce | 7 967 € | 55 % |
| Tiers non parent | 1 594 € | 60 % |
La donation à des petits-enfants peut s’avérer particulièrement intéressante en raison de l’abattement spécifique et du barème avantageux lié au jeune âge de l’usufruitier, qui conduit à une valeur de nue-propriété très faible.
Questions fréquentes
Faut-il obligatoirement un notaire pour donner des parts de SCI ?
Oui. Toute donation, qu’elle porte sur des parts sociales ou sur tout autre bien, doit être réalisée par acte authentique devant notaire selon l’article 931 du Code civil. Un acte sous seing privé n’est pas valable et expose le donateur à une requalification en donation déguisée.
Quels sont les frais de notaire pour une donation de parts de SCI ?
Les frais comprennent les droits de donation (payés au fisc), les émoluments du notaire calculés sur la valeur transmise (entre 0,5 % et 1,5 % selon la tranche) et les formalités d’enregistrement. La totalité peut représenter de 3 % à 6 % de la valeur des parts selon les cas.
À partir de quel âge est-il trop tard pour donner avec réserve d’usufruit ?
Techniquement, il n’y a pas d’âge limite légal. Mais passé 81 ans, la nue-propriété représente 80 % de la valeur des parts selon le barème fiscal : l’avantage fiscal devient limité. Une donation après 70 ans reste possible et intéressante, mais doit être anticipée le plus tôt possible.
Le donataire nu-propriétaire peut-il vendre les parts reçues ?
Oui, mais uniquement la nue-propriété. Il ne peut pas vendre la pleine propriété sans l’accord de l’usufruitier. En cas de cession conjointe des deux droits (nue-propriété et usufruit), le prix de vente est partagé selon le barème de l’article 669 du CGI appliqué au moment de la donation.
Comment se passe la transmission au décès de l’usufruitier ?
Au décès du donateur-usufruitier, l’usufruit s’éteint automatiquement. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire des parts sans avoir à payer de nouveaux droits de succession ni de droits d’enregistrement. C’est l’un des avantages fiscaux majeurs du démembrement.

Jérôme Marchal travaille dans le secteur immobilier depuis plus de 18 ans. Aujourd’hui consultant indépendant, il accompagne particuliers et entreprises dans la valorisation du patrimoine et les stratégies d’investissement.



